Je sais pas, peut-être que c'est une question d'éducation, une question d'habitude, l'habitude de se dissimuler derrière quelque chose, une dureté, un cynisme, je ne sais pas. J'essaye, c'est sûr ça que j'essaye, des fois je me lève le matin et je me dis "aujourd'hui je vais leur dire, je vais le faire", et puis non, ça ne vient pas.
C'est quand même fou, cette incapacité, ce truc qui me bloque, mais c'est quoi au juste, oui des fois je me le demande bien, qu'est-ce que ça peut être : une forme d'orgueil, ou je ne sais pas moi, de fierté, ou bien juste la peur, voilà, la peur que les autres voient vraiment, qu'ils sentent, qu'ils comprennent, qu'ils en viennent à penser que je suis quelqu'un de sentimental. Je n'ai pas envie, pas besoin de passer, d'être perçue comme quelqu'un de sentimental.
Mais il reste quand même ces choses qui pèsent lourd sur le coeur, et qui restent là, et qui finissent par être encombrantes à la fin. Je ne sais pas, je n'ai jamais su, je ne suis décidément pas douée pour les déclarations.
Par exemple j'aurais aimé savoir lui dire, lui avouer, que même si je sais que ça doit finir, et que ça finira forcément, même si je sais ça je n'arrive pas à y croire, à l'imaginer. Et peut-être que si je ne peux, ne veux l'imaginer c'est parce que j'espère toujours, illusoirement, que ça durera encore, encore un peu, juste le temps de se quitter, de partir, de se quitter sans même s'en apercevoir. J'aurais voulu apprendre à lui dire, lui dire que sans lui je suis tout à fait perdue, sans repères.
Si j'avais su je lui aurais dit, à elle, je lui aurais dit que depuis qu'elle m'a déçue, qu'elle m'a trahie, je n'ai plus confiance en personne, je lui aurais dit que je suis devenue méfiante, plus méfiante même qu'auparavant, que je ne parviendrai pas à oublier, à oublier ce qu'elle a fait, ce qu'elle a dit.
Je leur aurais dit, à elles, je leur aurais dit qu'elles étaient ma raison d'être, je leur aurais confessé que j'aurais voulu qu'il en soit autrement, que nous soyions vraies, authentiques, et j'aurais aimé qu'elles sachent qu'elles sont ma blessure la plus vive, la plus ecorchée, le regret de ma vie.
Et j'aurais fini par pleurer quand même.
Et je leur aurais dit à tous, ceux qui se trompent, j'aurais fini par leur dire que je suis quelqu'un de sensible, de profondément sensible, et que s'ils ne le savent pas, s'ils ne s'en sont pas rendus compte, c'est parce qu'ils ne me connaissent pas assez.